Dans un Liban de nouveau plongé dans la guerre, cuisiner n’est plus seulement un geste du quotidien. Pour plusieurs chefs libanais, c’est devenu une manière de tenir debout, d’exprimer leurs peurs, leurs espoirs, et parfois de résister quand tout vacille autour d’eux. Leur cuisine parle quand les mots manquent. Elle relie, apaise et garde en vie ce qui fait l’âme d’un pays.
Quand la guerre bouleverse les cuisines libanaises
Depuis le déclenchement de l’offensive américano-israélienne du 28 février, le Liban vit de nouveau sous une pression constante. Les rues changent de visage. Les familles s’adaptent. Les métiers aussi. Dans ce contexte lourd, plusieurs chefs libanais ont confié vivre une transformation profonde de leur rapport à la cuisine.
Pour eux, la cuisine était un métier, une passion, un lieu de création. Aujourd’hui, elle devient aussi un abri mental, une forme de thérapie. Ils y ont investi de l’énergie, du temps, de l’argent et surtout beaucoup d’amour. Cet amour, ils tentent de le préserver malgré la violence qui les entoure.
Des chefs qui transforment la peur en message
À Beyrouth comme à l’étranger, des personnalités reconnues du monde culinaire libanais partagent la même conviction : la cuisine peut porter un message, même en pleine crise. Parmi elles figurent :
- Amani Khazaal
- Aline Kamakian
- Andrée Maalouf
- Anissa Helou
- Joey Attieh
- Alan Geaam
Leurs chemins sont différents. Certains vivent la guerre au Liban. D’autres la voient de loin, mais avec la même douleur. Tous observent leur pays s’enfoncer dans un nouveau cycle de violence. Et tous continuent de cuisiner, avec un objectif qui dépasse désormais la simple assiette.
Le témoignage marquant d’Alan Geaam
Installé à l’étranger mais profondément lié au Liban, Alan Geaam résume en quelques mots le choc qui a bouleversé sa vie récente. « En quelques instants, l’émotion et la joie se sont transformées en cauchemar », confie-t-il. La guerre a interrompu des moments heureux et ouvert une phase d’incertitude.
Il explique être « profondément peiné » par les événements. Mais en tant qu’entrepreneur, il affirme ne pas pouvoir fonctionner uniquement avec ses émotions. Il refuse de se laisser aller. Il continue d’agir, porté par la conviction d’avoir toujours cru en son pays. Sa cuisine devient alors un espace où il transforme l’impuissance en action concrète.
Une passion qui devient résistance
Ce qui frappe dans leurs récits, c’est cette idée discrète mais forte : cuisiner peut être un acte de résistance. Non pas une résistance frontale, mais une résistance intime, culturelle, humaine.
Chaque plat préparé, chaque recette transmise, chaque table dressée garde vivant un patrimoine qui pourrait disparaître sous les bombes. La cuisine devient un rappel de ce que le Liban représente. Un pays de traditions, de partage, de saveurs. Un pays dont l’identité se raconte par le goût.
Un langage universel face à la violence
Dans ces temps de guerre, les chefs affirment que la cuisine parle un langage que tout le monde comprend. Même quand les tensions divisent, même quand la peur s’installe, un plat peut créer un pont. Il peut apaiser, réconforter, rassembler.
Beaucoup d’entre eux voient dans leur métier une responsabilité nouvelle : continuer à cuisiner pour garder un lien entre les Libanais où qu’ils soient. Transmettre des recettes, organiser des repas solidaires, préserver une culture culinaire qui raconte l’histoire du pays.
La cuisine comme thérapie collective
Pour ces chefs, cuisiner permet aussi de gérer l’angoisse. Sentir des épices, couper des légumes, pétrir une pâte. Des gestes simples qui ramènent à la réalité, qui ancrent, qui apaisent. Et pour ceux qui goûtent leurs plats, la cuisine devient une manière de retrouver un peu de normalité.
Dans un contexte où tout semble incertain, ces gestes simples prennent une valeur immense. Ils rappellent que la vie continue. Ils rappellent qu’un pays ne se résume pas à ses crises.
Un combat différent, mais essentiel
Les chefs le savent : leur combat n’est pas celui des armes. Il semble plus doux. Parfois même dérisoire. Et pourtant, il est essentiel. Parce qu’il protège ce qui fait l’identité du Liban. Parce qu’il rassemble quand tout divise. Parce qu’il donne de l’espoir.
Face à la guerre, ils choisissent de répondre avec des saveurs, des gestes, des souvenirs. Avec des plats qui parlent à tous. Avec la force tranquille de ceux qui savent que préserver la culture, c’est déjà résister.












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